lundi 20 juin 2011

Lobotomie (Sucker punch)


-          Il aura fallu cinq longs-métrages à Zack Snyder pour réaliser enfin un film original – c’est-à-dire qui ne soit pas un remake, l’adaptation d’une BD ou d’un roman. « Sucker Punch » est donc le premier film réalisé par Snyder sur un scénario de Snyder.
-          Tu peux t’en étonner, mais on comprend assez rapidement pourquoi personne à Hollywood ne voulait lui financer son scénario : le réalisateur de blockbusters le plus innovant visuellement depuis « Matrix » se révèle un piètre scénariste ! Avec « 300 », Snyder avait développé un style très particulier fondé sur une utilisation quasi-exclusive des fonds verts plutôt que des décors naturels, des ralentis qui ne se limitent pas qu’aux scènes d’action donnant l’allure à ses plans de tableaux ou cases de BD, et d’une bande-son toujours excellente adaptée, de chansons déjà existantes.
-          Il ne suffit alors que de quelques minutes au spectateur pour identifier si un film est ou non l’œuvre de Snyder, chose peu répandue chez les blockbusters. Pour « Sucker Punch », les trente premières secondes suffisent : la séquence introductive, sûrement la meilleure du film, est quasiment un film muet. La puissance des images suffit à raconter l’histoire.
-          Mais malheureusement, le film ne restera pas muet longtemps. Et la médiocrité et le ridicule des dialogues viennent dangereusement handicaper les formidables images développées par le réalisateur. En conséquence, les personnages apparaissent comme inconsistants, ce qui n’est pas pour aider les acteurs déjà pas très bons. Ils échouent cruellement à nous faire susciter la plus petite once d’empathie.
-          Vous l’avez peut-être compris, le scénario de « Sucker Punch » est plutôt mauvais et n’est pas vraiment à la hauteur de son esthétique. De plus, le film sort au mauvais moment : Snyder s’attaque une fois de plus sur la limite entre rêve et réalité, sujet déjà exploité dans « Avatar » et « Inception »… Il semblerait que le scénario soit sujet à plusieurs interprétations comme « Inception », mais cette fois-ci le spectateur n’est pas du tout intéressé par ce qui pourrait se cacher derrière le premier niveau de lecture puisque celui-ci n’est déjà pas captivant… La faute aux dialogues donc, et à d’honteuses coupes demandées par la Warner pour que le film ne soit pas déconseillé aux moins de 17 ans, mais aux moins de 13 ans aux Etats-Unis.
-          Du coup, avec un scénario pareil, le style visuel du film devient outrancier et pompeux, puisqu’il ne repose finalement que sur du vide ou presque ! Et toute l’entreprise du film se transforme en échec.
-          Non ! Ce serait le cas si le réalisateur-scénariste n’avait pas annoncé le programme au début de son film : les cinq filles doivent retrouver quatre objets pour réussir à s’évader, et la quête de chaque objet réalisée dans le monde des rêves est prétexte à d’immenses scènes d’action, bastons, fusillades avec explosions et monstres à gogo… comme dans un jeu-vidéo. En posant tout son film comme purement artificiel, la sophistication visuelle de Snyder est entièrement justifiée : ce n’est véritablement du spectacle que pour le spectacle, de l’art pour de l’art. Libéré de toute justification scénaristique, Snyder s’autorise tout : ses effets spéciaux lui permettent d’imaginer des univers dingues, absurdes, qui mélangent dans tout les sens tous les genres cinématographiques et visuels. Et ça, seul Snyder ose le faire dans un blockbuster. Le film ne peut donc pas laisser indifférent.
On retiendra…
Des scènes d’action impressionnantes et délirantes. La scène d’introduction.

On oubliera…
La faiblesse des dialogues, du scénario en général et des acteurs.

« Sucker Punch » de Zack Snyder, avec Emily Browning,…

Par Imer et Miltiade

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